Entretien entre Eckhart TOLLE et Oprah WINFREY (traduit de l'anglais) 2ème PARTIE


Ce texte est issu d'une conversation entre Oprah WINFREY, la célèbre journaliste américaine, et Eckhart TOLLE, écrivain et conférencier canadien. La vidéo de cet entretien a été diffusée en 2017 sur la chaîne américaine www.supersoul.tv et est désormais disponible en Podcast pour les résidents américains. Dans cet article, nous proposons une traduction littérale en français de cette passionnante conversation. Ceci est la 2ème PARTIE de l’entretien.


Déroulé de l'entretien (suite 1ère PARTIE)  :

Eckart : Oui, absolument. Et on peut se rendre compte de cette Conscience que nous avons dans l'espace entre deux pensées par exemple. Là, en ce moment, alors que nous discutons, si je ralentis un peu (...), alors, il y aura (...) de brefs espaces (...) entre les mots que j'emploie, (...) ou entre chacune de mes phrases, et vous faites attention à ces espaces qui ne sont pas que des mots. De la même manière, il peut y avoir des espaces entre chacune de nos pensées. Quand on contemple la nature par exemple, l'espace d'un instant on est juste dans la contemplation sans mettre de mots sur ce que l'on voit, et on est alors capable de sentir notre présence à nous-même. A ce moment-là, la chose la plus importante qui nous caractérise, c'est que nous sommes Conscient. On peut aussi dire qu'en cet instant, nous sommes Conscience.

Oprah : Au lieu d’employer le terme “Conscience”, on pourrait aussi dire qu’il s’agit d’être “éveillé”.

Eckart : Oui, c’est bien cela l’émergence de la Conscience. C’est le fait de se savoir Conscient, sans que ce soit un concept issu de la connaissance. C’est une réalisation de nous-même et de notre essence. Ce sentiment est tel qu’il nous libère de cette prison dans laquelle nous nous enfermons en croyant notre vie limitée à notre seule personnalité, à notre identité comme étant le seul produit de notre histoire, du récit de notre vie et de toutes ces idées qui nous traversent incessamment l’esprit. L’esprit nous réduit à ce qu’on nomme “une personne”. Il n’y a rien de mal à cela pour autant. Bien sûr, nous avons tous nos souvenirs personnels mais c’est extrêmement réducteur de penser que nous ne sommes que le résultat de ces mémoires.

Oprah : Au début de l’ouvrage “Une Nouvelle Terre”, vous dites que chaque individu atteint sa propre évolution personnelle, lorsque le temps venu pour chacun. Le fait pour quelqu’un de lire les pages de ce livre ou d’écouter cet entretien signifie qu’il a atteint un certain niveau d’éveil.

Eckart : Oui, c’est exact. Dans le cas contraire, il pourrait toujours lire ces mêmes pages mais celles-ci n’auraient aucune signification pour lui. Il doit déjà y avoir quelque chose en lui qui soit capable de reconnaître la dimension du monde qui se reflète en lui.

Oprah : Absolument. Vous pouvez alors voir la dimension et la Conscience du monde qui se reflète en vous. Car, si vous êtes toujours en train d’écouter notre conversation à cet instant, cela signifie que vous êtes déjà dans une situation d’éveil et d’ouverture, que vous cherchez votre essence. Cette recherche vous distingue alors de la majorité des individus dans le monde. On peut même dire, si vous êtes capable d’écouter cette conversation, que vous êtes dans un état supérieur d’être.

Eckart : Oui c’est exact.

Oprah : Voici une de mes citations favorites de votre livre : “La vie vous donne les expériences qui vous sont les plus utiles pour l’évolution de votre Conscience. Comment savoir que ce sont ces expériences-ci dont vous avez besoin? Parce que ce sont les expériences que vous vivez à cet instant. Ce qui est vrai pour un individu l’est d’ailleurs aussi en ce qui concerne notre culture et le monde dans lequel nous vivons actuellement”. Comment savoir que nous sommes amenés à vivre ce que nous vivons ? Parce que c’est précisément ce que nous sommes en train de vivre. Voilà comment chaque individu peut évoluer personnellement.

Eckart : Il y a même une certaine intangibilité de la forme que prennent ces expériences car tout moment est connecté aux précédents. L’univers tout entier a oeuvré pour parvenir à cet exact instant et à la forme qu’il prend. On ne peut pas le combattre. En niant le moment présent, on est en souffrance et on bascule vers la folie.

Oprah : C’est très intéressant. Pouvez-vous nous l’expliquer à nouveau? Je pense que c’est vraiment important pour tout le monde d’entendre et de comprendre ce concept. Le monde entier, c’est-à-dire tous les êtres humains qui sont nés, qui ont vécu et évolué jusqu’à cet instant où nous vivons actuellement, ont été mis sur le chemin de cette époque que nous expérimentons, à la fois dans nos vies personnelles comme sur la scène politique.

Eckart : Oui, car tout est connecté.

Oprah : Ce moment de notre époque a toujours été en devenir.

Eckart : Oui, c’est exact. Dans les enseignements du type “New Age”, quand les gens connaissent la souffrance ou le chagrin, on leur demande pourquoi ils ont manifesté de telles intentions. Je ne dis pas que cette question n’a pas lieu d’être. Mais je n’essaie pas de convaincre les gens qu’ils ont manifesté ce qu’ils sont en train de vivre, aussi désagréable que soit cette expérience. Tout ce qu’on doit réussir à faire, c’est d’accepter le moment présent COMME SI on l’avait choisi. Je ne dis pas aux gens : “Vous avez choisi que cela se réalise”, c’est trop à intégrer pour la plupart des gens, ils ne sont pas prêts à l’accepter. Ils répondent qu’ils n’ont pas choisi d’être malade ou de perdre leur emploi. Je ne veux pas emprunter ce chemin avec eux. Mais il faut savoir que pour vivre plus éveillé, pour ne pas vivre en opposition avec la réalité, il faut vivre plus en Conscience et accepter ce moment COMME SI on avait choisi de le vivre. Cela nous permet d’être plus éveillé.  

Oprah : Ne pas nier le moment! Voilà ce j’ai appris de vous qui a littéralement éliminé toute forme de stress dans ma vie. Apporter de la résistance au moment présent ne fait qu’augmenter son niveau d’anxiété et nous gêne encore plus.

Eckart : Oui. Trop souvent, les gens croient que leur malheur est dû à ce qui se passe à l’extérieur d’eux-mêmes mais, dans la plupart des cas, ce ne sont pas les conditions extérieures ou les situations qu’ils vivent qui causent ce malheur mais plutôt ce que leur esprit leur dit de cette situation qui cause leur malheur.

Oprah : Comme lorsqu’on se dit : “J’aurais dû être présent…; j’aurais dû arrêter de faire ceci…” C’est notre esprit qui nous gouverne.

Eckart : Oui. Parfois, je dis aux gens de ne pas croire ce que je dis mais de l’expérimenter dans leur vie et dans leur quotidien quand ils sont irrités par une situation. Par exemple, il arrive très souvent qu’on s’énerve lorsqu’on est dans un aéroport, on fait la queue longtemps, on attend… Mais en peut essayer d’observer la raison pour laquelle on est énervé, gêné ou en colère. Je peux me demander à quoi cela est dû. Est-ce la situation en tant que telle ou est-ce mon esprit qui me dit que cela ne devrait pas arriver? L’Ego est très fort à interpréter la réalité et il croit aux histoires qu’il se raconte. L’Ego invente et produit des récits, souvent désagréables, sur le déroulé des événements et c’est une source de grande souffrance. Une fois qu’on a pu identifier cela, on peut observer son esprit lorsqu’on se sent énervé. On peut alors être présent à soi-même, être conscient de l’action de son esprit. C’est ce qu’il y a de plus vital dans notre vie spirituelle : être capable d’être l’observateur son esprit pour que ce dernier ne vous contrôle pas.

Oprah : Et c’est ainsi que vous éliminez le stress.

Eckart : Oui.

Oprah : Et la souffrance.

Eckart : Oui

Oprah : Vous écrivez également dans votre ouvrage que l’Ego est soumis à la peur des autres. Sa tendance est de mettre l’accent sur l’altérité chez les autres, en ne se préoccupant que des fautes qu’on perçoit chez eux et à réduire leur identité à ces même fautes. Ce phénomène s’accroît tout particulièrement aujourd’hui et tend à réduire l’autre à l’état de monstre inhumain. Nous vivons ce phénomène accentué en ce moment dans notre culture, dans notre pays et dans notre monde, n’est-ce pas?

Eckart : Oui. Nous sommes de moins en moins capables de voir une part d’humanité chez un autre être humain. Nous considérons ce qu’ils disent comme le reflet de toutes leurs pensées, leur état d’esprit global, et nous réduisons ce qu’ils sont vraiment. Toute personne qui questionne ou qui défie votre état d’esprit est considérée par l’Ego comme un ennemi. C’est comme cela qu’on déshumanise les autres.

Oprah : Oui.

Eckart : A partir du moment où on a déshumanisé un autre être humain, cela devient très facile pour notre inconscient de généraliser.

Oprah: N’est-ce pas ce que nous vivons avec le terrorisme?

Eckhart: Oui, exactement. Le terrorisme est une forme extrême de ce phénomène. C’est une chose essentielle de comprendre que nous sommes tous l’expression d’une seule et même Conscience. Ce que nous partageons entre être humains, c’est notre essence. L’essence de ce que je suis et l’essence de qui tu es représentent la Conscience. Je ne parle pas de nos pensées mais de la Conscience qui les sous-tend.

Oprah : En regardant la colère qu’on observe tous les jours dans l’actualité, et toute la négativité qui peut apparaître sur les réseaux sociaux, vous posez cette question de savoir si nous avons régressé. Alors, l’avènement de cette Nouvelle Terre que vous décrivez est-elle encore en voie de se produire un jour?

(à suivre)

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